Optimiser la fiscalité de la retraite anticipée (phase de décaissement)

Dans cet article, je veux parler de la fiscalité bien particulière à ces jeunes fous qui veulent quitter leur travail définitivement avant 45 ans.

Planifier fiscalement, est, à mon avis, l’un des facteurs qui a le plus gros impact sur le moment où vous pourrez dire enfin : Bye bye, boss! Cette optimisation fiscale peut se traduire par des centaines de milliers de dollars économisés dans une vie! Parce que Revenu Québec et l’Agence du revenu du Canada vous attendent au détour. Je suis venu, j’ai perçu, je suis Revenu.

Étude de cas: Mr. Jack
(où je parlerai de moi à la troisième personne, comme un vieux retraité sénile, faut bien que je me pratique)

Voyons comment un portefeuille diversifié, avec des composantes REER, CELI et non enregistré, peut être optimisé pour atteindre un objectif de 0 $ d’impôt à la retraite, lors du décaissement. Tous les montants mentionnés sont en dollars de 2017, mais ils vont tous subir une augmentation proportionnelle due à l’inflation.

Mr. Jack a présentement 42 ans et vient de prendre sa retraite. Il compte vivre avec un budget annuel de 22 000 $.

On peut séparer le cas de Jack en deux segments de sa vie de jeune retraité : le premier correspond à la période pendant laquelle il aura entre 42 et 65 ans.

Mr. Jack peut-il payer 0 $ en impôt pendant toute sa retraite? Voyons voir.

Segment 1 : 42 à 65 ans

D’abord, notons que, compte tenu de sa situation, Mr. Jack ne disposera pas de beaucoup de déductions fiscales. En effet, Mr. Jack n’est pas un aidant naturel propriétaire de taxi, ayant des enfants vivant en région éloignée, qui garde des aînés à son domicile dont les frais de santé ne sont pas dispensés en région où il fait de la recherche expérimentale dans le secteur minier (boring Ol’ Jack).

Considérons donc uniquement le montant personnel de base, et un peu plus pour les déductions liées aux frais de santé. On peut alors assumer que Mr. Jack peut gagner jusqu’à 12 000 $ en matière de revenus imposables par année lors du premier segment avant de payer des impôts. Avec des personnes à charge, ce montant pourrait être significativement plus élevé.

Voici un exemple de ce que pourrait être la situation financière de Mr. Jack (j’ai changé des chiffres pour faire joli).

Portefeuille d’investissement (excluant l’immobilier) : 650 000 $, soit:

REER : 300 000 $
CELI : 50 000 $
Comptes non enregistrés : 300 000 $ (avec 150,000$ de gains en capital non réalisés)

Mr. Jack ne reçoit à 42 ans aucun revenu imposable (pensions ou autres), excepté des revenus de dividendes, d’intérêts et de gains en capital dans ses comptes non enregistrés. On pourrait donc assumer que Jack n’a pas de précautions particulières à prendre pendant cette période et qu’il peut simplement décaisser de ses comptes non enregistrés pour retarder le retrait du CELI et des REER.

Pas nécessairement.

Ici, Mr. Jack pourrait avoir intérêt à chercher à atteindre le maximum de revenus qui permet de de pas payer d’impôts pour se débarasser d’une partie de son passif fiscal, car sinon Mr. Jack pourrait un jour devoir payer de l’impôt sur ces montants!

Supposons que ses revenus d’intérêts et de dividendes dans ses comptes non enregistrés atteignent 5000 $ et qu’il lui reste un potentiel de 7000 $ de marge de manoeuvre avant de commencer à payer des impôts, il serait bête que Jack pige 25 000 $ dans ses économies provenant de comptes non enregistrés, ou pire, de ses CELI!

Pour optimiser, il a ici deux choix : il peut vendre des actions ayant des gains en capital non réalisés ou retirer de l’argent de ses REER.

Quoi? Retirer de ses REER à 42 ans! Scandale! Mais tous les conseillers financiers ne disent-ils pas de retarder le plus longtemps possible les retraits des REER? N’oublions pas que les conseillers financiers pensent en fonction de leur clientèle cible : des gens qui voudront 50 000 $ par an et plus à leur retraite, et non en fonction de Mr. Jack, qui a choisi une vie plus frugale et donc, des revenus de retraite possiblement beaucoup moins élevés que ses revenus lorsqu’il était employé.

Dans cette situation, il n’y a rien de mal à retirer des REER, au contraire : non seulement Mr. Jack peut-il retirer 7000 $ sans payer une cenne d’impôt, mais aussi cela lui évitera-t-il d’en payer à 71 ans, quand Jack sera obligé par la loi de retirer un certain % de ses REER! L’autre option est de vendre des actions pour engendrer un gain en capital qui lui fera atteindre son maximum de 12 000 $ de revenus imposables. Étant donné que les gains en capital sont imposés sur 50 % du gain, il peut donc réaliser un gain en capital de 14 000 $ (rappelons qu’il avait déjà des revenus de 5000 $). Supposons que Mr. Jack a des actions d’une valeur de 22 000 $, sur lesquelles il y a un gain en capital de 14 000 $ (donc 7 000$ imposables).

Il pourrait donc utiliser les 5000 $ de dividendes et intérêts reçus dans l’année provenant des comptes non enregistrés, utiliser 17,000$ du 22,000$ de la vente des actions et mettre la balance dans son CELI, et il paierait cette année-là 0 $ d’impôt, tout en se débarrassant d’un passif fiscal, car il a maximisé le 12 000 $ de revenus qu’il pouvait recevoir sans payer d’impôt.

Segment 2 : après 65 ans

Situation financière hypothétique à ce moment:

Portfolio financier (excluant l’immobilier) : 500 000 $, répartis ainsi :
REER : 150 000$
CELI : 350 000$ (Mr Jack a cotisé au fur et à mesure en transférant son portefeuille non enregistré dans le CELI)
Comptes non enregistrés : 0$

Les choses se corsent, car Jack commence à recevoir des revenus du RRQ et la pension de Sécurité de la vieillesse. Il prévoit qu’il recevra alors environ 11 000 $. De plus, Jack ne reçoit plus de dividendes ni d’intérêts dans ses comptes non enregistrés. En effet, pendant les 23 années qui se sont écoulées, les droits de cotisation au CELI de Jack ont augmenté de plus de 100 000 $ : il y a transféré peu à peu ce qui générait des revenus. Comme il n’a jamais rien retiré de son CELI, celui-ci a également profité de 23 ans de rendements composés non imposables!

Bonne nouvelle, cependant : un nouveau crédit d’impôt s’ajoute, le montant en raison de l’âge! Jack pourra donc avoir un revenu supplémentaire de 6 800 $ sans payer d’impôt! Récapitulons : Jack recevra des revenus de 11 000 $ sur les 22 000 $ dont il a besoin. Il lui faut donc piger 11 000 $ dans ses économies. De plus, pour ne pas payer d’impôts, il a droit à environ 19 000 $ de revenus imposables,  ce qui lui laisse une marge de manoeuvre de 8000 $. Comme lors de la phase 1, Jack peut alors retirer 8000$ des REER (pour atteindre le maximum auquel il a droit sans payer d’impôts), et prendre le reste dans ses CELI.

À l’âge de 71 ans, Jack doit obligatoirement convertir son REER en FERR (c’est un peu comme un REER, mais avec d’autres lettres). La loi l’oblige également à retirer un certain montant de son FERR à chaque année. Ce montant est un % du montant de son FEER.

Et c’est là qu’on comprend pourquoi c’était mauditement une bonne idée que de retirer une partie de ses REER à 42 ans dans le cadre d’une retraite anticipée, contrairement à l’idée répandue. En effet, à 71 ans, Jack doit retirer 5.28 % de son FERR. Pour éviter de payer des impôts, il faut retirer moins de 8 000 $, ce qui signifie que Jack ne doit avoir guère plus de 150 000 $ restant dans ses FERR/REER.

Si Jack posséde un montant plus élevé dans son FERR, il devra alors retirer un montant qui lui fera dépasser le seuil où il paie des impôts.

* à noter qu’étant donné la situation conjugale de Mr. Jack, il n’a pas prévu être éligible au Supplément de Revenu Garanti, auquel cas des ajustements pourraient être préférables afin d’en tirer le montant maximal.