Survivre à l’augmentation du coût de la vie

Un des dangers sous-estimés d’une retraite jeune est l’augmentation du coût de la vie. À peu près toutes les méthodes visant l’indépendance financière se basent sur une mesure traditionnelle de l’inflation, qui est en réalité un indice des prix à la consommation à travers le temps.  En somme, on compare des biens similaires et l’évolution de leur prix année après année. Cette approche comporte une faille importante: les salaires, eux, montent généralement un peu plus rapidement. Ainsi, un retraité dont la rente n’augmente qu’en fonction de cet indice (ou souvent, moins) s’appauvrit par rapport au reste de la population.

C’est d’ailleurs une critique actuelle du régime du RRQ et de la Pension de la Sécurité de la Vieillesse du Canada: ces régimes sont indexés en fonction des prix à la consommation et non en fonction de la hausse moyenne des salaires. Ce n’est pas pour rien qu’il y a une pression dans la société présentement pour hausser les salaires minimums: depuis des années, le salaire minimum a grosso modo augmenté en fonction de l’indice des prix à la consommation et non en fonction du salaire moyen. Un salarié gagnant le minimum est donc plus pauvre aujourd’hui qu’il ne l’était, relativement parlant, avec la moyenne des québécois il y a 20 ans. Une tendance qui est sur le point de se renverser avec l’adoption de salaires minimums plus élevés en Ontario, en Alberta (bientôt 15$ l’heure dans les deux cas) et de façon moins marquée, récemment, au Québec (augmentation cette année de près de 7% à 12$ l’heure).

Quel est l’impact pour un retraité? Pour un retraité « classique », qui prend sa retraite à 65 ans, l’impact n’est pas nécessairement majeur. D’abord, le nombre d’années de retraite n’est pas si élevé pour que l’écart se creuse de façon importante. Aussi, la tendance des salaires à croître plus rapidement que l’indice des prix à la consommation semble plutôt modérée depuis les années 1970: il y a un écart, mais il n’est pas énorme.

De plus, à partir d’un certain âge, les gens tendent à ne plus tenter de suivre le reste de la population au niveau de l’adoption de nouvelles bébelles. Car après tout, que font les gens avec le surplus de salaire réel qu’ils gagnent, une fois l’essentiel comme l’épicerie et l’électricité payé? Par définition, s’il y a un écart qui se creuse entre l’indice des prix à la consommation et les salaires, c’est ou bien que les gens épargnent cet argent, ou bien ils achètent des biens ou services dont ils se passaient avant (ou achètent des versions plus luxueuses de ces choses). D’une certaine façon, il est relativement facile pour un retraité d’un certain âge d’ignorer les nouvelles tendances. Ma grand-mère ne s’est jamais acheté de téléphone cellulaire et n’avait pas d’accès Internet.

Quand on est vieux, on ne cherche pas toujours à suivre les dernières tendances.

Pour un jeune retraité, l’histoire est un peu différente. Un écart, même modeste, de l’ordre de 0.5% annuellement entre l’inflation traditionnelle et le salaire moyen de la population, pour un jeune retraité de 40 ans dont la retraite pourrait durer plus de 50 ans, peut représenter plus de 30% à terme. Une partie de cet écart sera creusé entre l’âge de 40 ans et 65 ans, et donc, à une période de la vie où la plupart des gens voudront continuer à suivre le rythme du reste de la population au niveau de l’adoption de nouveaux produits et services et de l’amélioration des « standards » de la vie.

La question que je pose à la communauté est la suivante: sachant que la plupart d’entre nous sommes déjà frugaux, c’est-à-dire que nous dépensons sous nos moyens, qu’on est déjà relativement volontairement plus pauvres que nos pairs sur la base des dépenses, est-ce que le fait de creuser l’écart encore davantage avec les dépenses des futurs retraités pose un réel problème? Risque-t-on d’atteindre un appauvrissement relatif qui nous rendrait malheureux dans le futur?

La bonne nouvelle, comme je l’ai évoqué, c’est qu’il ne s’agit pas d’un risque de manquer de l’essentiel. Planifier en fonction de l’indice des prix à la consommation, c’est planifier maintenir son niveau de vie actuel, ce qui n’est déjà pas si mal.

C’est donc plus au niveau de la perception de notre richesse relative. Car après tout, nous dépensons déjà, malgré notre frugalité, au-delà de l’essentiel. Pourquoi ne réduisons-nous pas les dépenses encore plus? Je n’ai pas besoin d’un téléphone cellulaire, pourtant j’en possède un, ainsi qu’une tablette. Dans le futur, je vais me priver de certaines de ces nouveautés.

Si je ne m’en prive pas aujourd’hui, c’est possiblement parce que ces gadgets répondent à certains désirs, certains besoins, même s’ils ne sont pas essentiels. S’en priver dans le futur peut-il causer des frustrations? Peut-il nuire au bonheur de notre futur nous?

Ces bidules n’existaient pas à l’époque de ma grand-mère. Si elle avait planifié sa retraite uniquement en fonction de l’indice des coûts à la consommation, elle n’aurait pas pu s’acheter son drone ni son iPhone, la pauvre!

Il est facile de rejeter ce problème du revers de la main en se disant: moi les tendances, les nouveaux gadgets, etc., je m’en balance. Mais reculez disons de 50 ans et considérez le niveau de vie de l’époque. Seriez-vous prêts à vivre aujourd’hui avec le niveau de vie des années 1960? Pas d’ordinateur, pas de cellulaire, pas d’Internet, pas de micro-ondes…

J’apporte ici un bémol. Il n’est pas vrai de dire qu’on vivrait comme une personne des années 1960. L’inflation est une drôle de créature. Par exemple, une partie de l’évolution technologique est capturée dans l’indice des prix à la consommation. Si le prix d’une voiture a suivi le taux d’inflation depuis les années 1960, le produit s’est aussi beaucoup amélioré. En suivant l’indice des prix à la consommation, on conserve ce progrès technologique. Mais il reste que cet écart entre les salaires moyens et la croissance de l’indice des prix s’est créé. Ainsi, si un retraité frugal de 1960 avait des dépenses représentant 50% de celles de la moyenne de la population (les plaçant ainsi dans la classe moyenne), en 2010 ils ne dépensaient peut-être plus que 38% de cette moyenne (les rapprochant des pauvres).

Devrait-on idéalement viser d’être en mesure d’augmenter nos revenus à notre retraite en fonction du salaire moyen plutôt que des prix à la consommation?

6 réponses sur “Survivre à l’augmentation du coût de la vie”

  1. Malgré les réserves que tu as envers la DGI technique et certains risques justifiés, si tu reçois des dividendes en croissance de 6 à 8% annuellement, donc en corrélation avec la hausse des bénéfices des entreprises dans lesquelles tu investis, tu augmentes automatiquement ton pouvoir d’achat au-delà de l’inflation, des salaires et de l’indice des prix à la consommation sans avoir à te questionner sur le retrait de ton capital et en sachant que tu as la possibilité d’augmenter ton train de vie de ce pourcentage annuellement, sans te casser le pompon.

    Par contre, j’imagine que c’est plus  » vrai  » pour quelqu’un investissant dans des fonds indiciels. Mais certains d’entre-vous vont commencer à pouvoir toucher leur pension de job dès 55 ans, viennent ensuite les pensions gouvernementales à 60-65 ans.

    Ceci étant dit, avec un taux de retrait sous les 3.5% ton capital va quand même finir par augmenter de lui-même et après quelques années, ton 700 000$ aura pris du galon, surtout que ta partie en obligation réduit ta volatilité en cas de baisse de marché.

    Je pense que tes 3 à 5 prochaines années seront les plus cruciales / déterminantes.

    1. Si les dividendes de ton portefeuille montent de 8% par an, c’est sûr que l’inflation ne te fait pas peur. À ce rythme là, si tu prends ta retraite à 40 ans, tu peux débuter à 20,000$ de revenus et à 80 ans tu serais à 434,490$, et je ne calcule pas la possibilité que tu réinvestisses le surplus dont tu n’as pas besoin.

  2. Il y a tellement de facteurs a considerer pour affirmer des choses dans le domaine de l’inflation que ça en donne mal à la tete.

    D’abord parle-t-on de revenu brut ou de revenu disponible apres toutes les taxes directes et indirectes. Le portrait des taxes a bcp changé en 50 ans.

    Quand on parle du panier d’épicerie, les gens ne consomment plus de la meme façon. Bcp de produits exotiques, de plats prepares qu’on ne voyait pas il y a 30 ans ou 50 ans… ma belle mere pense qu’un avocat c’est un crosseur qui charge trop cher pour regler son divorce… elle ne sait pas ce qu’est une aubergine… ceux qui donne des tickets de parking? Et du quinoa? Donc difficile de comparer le panier d’epicerie a travers le temps. Si on achetait la meme chose que nos meres ou grand meres il y a 50 ans (farine, oeuf, lait, 3 ou 4 legumes de saison avec de la viande hachee et des steaks a fesser dessus avec une masse pour les ramolir, des haricots..) je suis pas mal certain que ces items ont suivi l’inflation ou meme perdu du terrain. Mais le fait est que les gens achetent des produits prepares, de luxe, exotiques, congeles, consomment plus de viande qu’avant et choisissent des pieces convoitées… Jean-Philippe et Julie, 30 ans, ne vont quand meme pas manger juste une semelle de botte, la semaine c’est un faux filet et le week-end c’est du filet mignon avec des crevettes papillon et une bonne bouteille de rouge..etc

    La societe a changé. Les deux travaillent, les enfants vont a la garderie $$$, tout le monde veut un char neuf full equip et une maison fabuleuse figée dans le quartz pour l’éternité, tous les repas doivent gouter bons et etre composes de petites douceurs pour le palais… les meubles et electro doivent etre neuf et frontals… la quête du neuf et de la beauté, un combat perdu d’avance contre la nature…

    Depuis 1986, selon la recente etude de JLR, le prix du bungalow a montreal et autour aurait augmente de 310% (121% si on tient compte de l’inflation publiée par statcan).

    Un ordinateur coutait entre 2000 et 5000$ fin 80, debut 90… aujourd’hui t’as ça pour 300-800$.

    Il y a des domaines dans lesquels les salaires ont explosé ou se sont effouarés…

    Bref, de juste chercher à obtenir l’inflation publiée par statcan, ça risque de ne pas bien tourner. Je pense qu’il faut viser plus haut… 4-6% par an et meme a la retraite, on devrait continuer a epargner une partie de ses revenus jusqu’à tard dans sa vie.

    J’ai deja un mode de vie frugal par rapport a mes contemporains. J’étire tout ce que je possede au max, j’essaie d’eviter le gaspillage. Pourrais-je downgrader? En masse… j’ai un bungalow de 2000 pi carrés, un terrain de 6000 pi carré, 2 chars, une roulotte de 20 pieds, on voyage, on se paie des resto, on a netflix et l’internet, 2 cells…

    Bref, on a de la marge de manoeuvre pour reduire. Je ne suis pas frugal ni minimaliste. Je pourrais l’etre. Je n’ai pas et n’ai jamais eu de grands besoins et je trouve qu’on gaspille encore bcp trop. Pour ma femme ça serait plus difficile par contre mais qui prend mari prend pays (ou alors de nos jours on devrait dire… le mari prend le bord si ça fait pu).

    Donc effectivement, je pense qu’il faut viser plus haut que l’inflation. Je ne me fierais pas trop aux salaires car je ne considere pas que la hausse globale des salaires bruts vs l’inflation soit une mesure fiable.

    Cela etant dit, je ne crois pas qu’à 35 ou 40 ou 45 ans aucun d’entre nous ne restera completement inerte a ecouter netflix toute la journee en buvant de la biere et mangeant des chips. Alors tous ces calculs sont bien le fun a faire mais un peu ridicules.

    Je veux me payer le luxe de ne plus avoir a travailler ou a travailler pour quelqu’un mais je vais fort probablement continuer de generer des revenus d’une facon ou d’une autre.

    Je crois qu’il est assez voir trop optimiste de croire qu’en 50 ans il n’arrivera pas de choses qui pourraient bien venir perturber notre retraite… si les 50 dernieres annees sont un indicateur… je pense que le futur nous reserve bien des surprises.

    Je vais aussi continuer a accroitre mes connaissances pour maintenir mes depenses basses. Alors en plus d’avoir des revenus de retraite fiscalement avantagés, je pense tout ce temps pourra me servir à controler aussi mes depenses a la maniere de Jacob Lund Fisker.

    1. BM,

      Dans mes simulations avec cFireSim, ça utilise les vraies données historiques, donc par exemple une période de 40 ans qui inclut les années 1970 et 1980 avec hyperinflation. Mais ça utilise le chiffre d’inflation sous la forme de l’indice des prix à la consommation. En moyenne je crois que c’est 4% sur toutes les périodes analysées. Mais ça reste l’indice des prix à la consommation, avec ses limites.

      L’augmentation des prix des bungalows est un bon exemple. Il y a l’inflation « traditionnelle », mais aussi de l’inflation dans le style de vie associé à la maison… disons que ma première maison n’a rien à voir avec la première maison de mon beau-frère. Le parc immobilier a pris du mieux dans les 15 dernières années. Il y a donc eu de l’inflation des prix combiné à une inflation des standards… mais l’inflation des standards, c’est pas vraiment mesuré et peu de gens en parlent.

  3. Je suis assez d’accord, mais reste qu’on parle assez peu d’inflation… on craint un crash boursier, alors que ce n’est pas ça qui cause historiquement des problèmes aux retraités. On fonde surtout des hypothèses sur les rendements boursiers, rarement sur l’inflation et l’augmentation de notre style de vie dans le futur.

    C’est peut-être parce qu’aucun d’entre nous n’a jamais vécu une période d’hyper-inflation en tant que retraité 🙂

    1. MrJack,
      J’ai parlé à plusieurs reprises de l’inflation. C’était l’une des raison principales pour lesquelles j’ai choisi la methode DGI… pour que mon cashflow, dans des conditions ideales, s’indexe ou soit en croissance par rapport à l’inflation. Bon on a deja eu des tas de discussions a ce sujet… 20% des aristocrats ne sont plus des aristocrats depuis 2008 mais bon… c’est ça l’idée. Que globalement, avec la croissance des uns, les coupures ou gels des autres, ton cashflow augmente au moins a l’inflation dans les periodes difficiles et plus vite que l’inflation dans les periodes fastes.

      Je suis entierement d’accord avec toi que l’inflation est le pire ennemi et c’est d’ailleurs l’une des raisons principales pour lesquelles je ne m’interesse pas ben ben aux placements garantis qui ont une tres pietre performance historique (et actuelle) par rapport à l’inflation, peinant a maintenir la valeur de l’investissement à celle-ci.

      Je comprends que ça réduit la volatilité et que ça peut permettre d’affronter une recession (d’ailleurs, j’envisage de prendre 6 % ou 7% de mon portefeuille en bonds gouvernementaux a court terme car l’idee n’est pas folle de garder 2 ans de réserve pour les moments ou la volatilite ne va pas dans le sens escompte) mais 40% en bonds? Ou 60%? Je trouve que le risque de lagger par rapport à l’inflation devient tres élevé peut etre plus eleve que detre investi 100% en actions.

      La volatilité, c’est le coûts du rendement.

      Dans tes simulations tu mets quoi pour l’inflation? Moi je mets 3% et 4%. Quant au rendement, je mets 6 ou 7%. Deux % d’inflation me semble tiré par les cheveux sur le long terme. Meme le rendement, faire des simulations a 5% ne serait pas une mauvaise idee.

      Evidemment a 65 ans, si tu as 70% de ton salaire et que tu vis jusqu’à 75 ou 80… tu ne verras pas ben ben les dommages de l’inflation a moins qu’on vive une hyperinflation.

      À montreal et les environs et meme a Toronto etc… bien des retraites sont en train de se faire etouffer par leur maison libre de dettes : les taxes municipales dues aux valeurs…

      Je trouve d’ailleurs ce concept aberrant…. pourquoi sortir ses vidanges et faire couler de l’eau du robinet te coûte plus cher parce que ta maison vaut 300k au lieu de 200k selon une evaluation approximative de la ville? Consommateur payeur serait plus juste. Ça met vraiment le proprio dehors de chez lui. D’un autre cote reformer ce systeme causerait de la grogne car les taxes des « pauvres » se verraient devoir augmenter a cause de la baisse de la taxes « des riches ».

      Quoiqu’il en soit, mes taxes sont passees de 2400$ a 3700$ en 10 ans. C’est 4.42% d’inflation ça… c’est terrible. À ce rythme, dans 30 ans elles seraient de 13500$ par an. Ouch.

      En attendant, a ce rythme, mes taxes seront de 5000$ par an quand je prendrai ma retraite… et l’hydro a un rythme de croissance assez eleve aussi. Le cout des renos aussi a tendance a faire du compound interest assez rapidement…
      Dans 7 ans, j’estime que mon cout sera de 8000$ par an en taxes et chauffage uniquement pour habiter un bungalow ben ordinaire. C’est quelque chose… et ça va continuer de monter et monter et monter au point où je pourrais me retrouver forcé de vendre si mon revenu ne s’accroisse pas plus rapidement que l’inflation.

      Voila pourquoi nationaliser certains servives essentiels etaient une bonne idee… la gestion des dechets notamment… serait pas une mauvaises idee que le gouv se mette le nez la dedans. Il y eu bcp de consolidation dans les derniers 10 ans. Maintenant, c’est un quasi monopole et le prix ne cesse d’augmenter. Les payeurs de taxes sont en train d’engraisser les vidangeurs.

Les commentaires sont fermés.