Comment calculer notre budget de retraite?

L’une des questions les plus délicates dans une planification de retraite est celle des revenus requis pour couvrir ses dépenses. La question est d’autant plus complexe qu’à partir d’un certain revenu (somme toute assez bas), il est possible que l’impôt viendra s’ajouter aux dépenses.

Or, c’est fichtrement compliqué de savoir combien d’impôts on va payer, parce que ça dépend d’où viennent les « retraits »: CELI, REER, dividendes hors régimes, vente d’actions hors régimes, intérêts hors régimes… vraiment, les gouvernements n’ont pas rendu les choses faciles pour les retraités. Ça prend presque un actuaire ET un fiscaliste pour s’en sortir.

Mais avant de s’attaquer au problème de l’impôt, il faut établir les dépenses prévues pendant sa retraite.

Comment s’y prendre? Je propose de faire l’exercice complet en quatre étapes et de garder le plus compliqué pour la fin:

  1. Établir ses dépenses récurrentes. Vous aurez à payer l’électricité, l’épicerie, l’essence, l’entretien de votre maison si vous êtes propriétaire, les taxes municipales et scolaires, des restaurants, etc. Idéalement, vous serez en mesure de déterminer combien vous allez dépenser à ce chapitre à votre retraite, ce qui pourrait différer des dépenses pendant que vous travaillez. Personnellement, j’ai considéré que ce serait, grosso modo, la même chose: des économies ici (moins de transport, plus de temps pour réparer ou chercher à économiser, mais plus de loisirs). L’approche que j’ai choisie: regarder mon budget des cinq dernières années et enlever les dépenses « extraordinaires ». Pour rester simple, je considère une dépense exceptionnelle quand elle dépasse un certain seuil, disons 2000$. Le reste entre dans les dépenses récurrentes. En faisant une moyenne sur cinq ans, de toute façon, on obtient un estimé assez juste. Pour faire une moyenne, j’ai ajouté l’inflation (par exemple avec cette calculatrice: https://www.bankofcanada.ca/rates/related/inflation-calculator/). Ainsi, il y a cinq ans, si le montant était de 16,000$ en 2012, il était de 17,233$ en 2017 pour les fins de mon calcul.
  2. Établir les dépenses exceptionnelles, le plus loin possible. Ici il convient d’être prudent. On pourrait être tenté d’ajouter seulement les dépenses « obligatoires », comme la réfection d’un toit ou le changement de fenêtres. Mais il ne faut pas oublier les autres dépenses qu’on veut faire. Dans les quinze dernières années, j’ai acheté un violon et archet de 3000$, j’ai fait un voyage en Guadeloupe de 2500$, deux voyages en Europe de 2500$ chacun, réfection d’un toit pour près de 3500$ (ma part), j’ai construit un gazebo pour 1000$ (ma part), acheté une laveuse-sécheuse pour 1000$ (ma part), j’ai acheté trois voitures… Je suis arrivé au chiffre de 4800$ après avoir ajusté les montants pour tenir compte de l’inflation (une voiture de 15,000$ il y a 15 ans coûte aujourd’hui pas mal plus cher!), d’où un budget de retraite initial total de 22,000$.
  3. Ajuster en fonction du niveau de vie souhaité à la retraite. Pensez-vous voyager plus souvent? Moins souvent? Vous adonner à des loisirs plus coûteux? Manger plus souvent au restaurant? Acheter un voilier? Un chalet? Un véhicule récréatif? Allez-vous pouvoir vous passer d’une voiture? Dans mon cas, je n’ai pas ajusté. Même si j’ai des projets en tête (un VR, un chalet, passer quelques mois par an à l’étranger), je me suis dit que j’allais trouver une façon ou une autre de financer ces projets si je souhaite vraiment les réaliser (vendre la maison pour aller dans plus petit, changer de voiture ou l’éliminer en allant vivre au centre-ville, travailler quelques mois par année, etc.)
  4. Ajuster pour tenir compte de l’impôt. Aïe, aïe, aïe. Ici ça se CORSE!, car votre revenu imposable n’est pas identique à vos revenus de retraite. Par exemple, si vous déteniez la totalité de vos actifs dans un CELI, vous n’auriez aucun revenu imposable, tout en y retirant des revenus de retraite. Par contre, retirer des REERs et vendre des actions sur lesquelles il y a un gain imposable non réalisé à partir de comptes enregistrés, ainsi que les revenus du RRQ et autres pensions eux, sont généralement imposables!Pour parvenir à un estimé, je vous propose d’estimer vos revenus imposables avec un calcul ma foi assez complexe qui m’a donné pas mal de travail.Chaque situation est unique et il y a des optimisations possibles. Mais de façon générale, votre revenu imposable peut être estimé grossièrement de la façon suivante:

Exemple 1 (Mr Jack)

Mon taux de retrait visé est de 3.35%. J’ai 350,000$ de REER et 305,000$ dans des comptes non enregistrés, dont 250,000$ en actions. Mes actions dans des comptes non enregistrés me rapportent un dividende moyen de 1%. 60% de mes actions de mon compte d’investissement non enregistré provient de l’extérieur du Canada. Mes revenus d’intérêts dans des comptes non enregistrés sont de 800$ (comptes Tangerine).

Revenus imposables estimés = 16,363$

En consultant ensuite une table d’imposition plus précise, comme celle-ci . À 16,363$ et en absence de d’autres déductions, j’aurais un taux effectif d’imposition de 5.9%, soit environ 988$ d’impôts à payer. Mais en réalité, mon revenu imposable devrait être plus faible, car je pourrai déduire des dépenses en santé et des dons, notamment.

Comme je soutire environ 24,000$ de mes actifs (3.35% de 715,000$), il me resterait 22,964$ net à dépenser pendant l’année. Comme mon budget prévoit 22,000$, ça signifie que j’ai une petite marge de manoeuvre: je pourrais retirer moins les années ultérieures, ou, utiliser un taux de retrait légèrement plus faible.

Exemple 2 (Jean a vendu son parc immobilier et a investi 100% de ses actifs dans des titres à dividendes)

REER = 250,000$
Actions hors comptes = 500,000$ (75% en actions canadiennes)
Taux de dividende moyen (TDMA): 3.5%

Jean veut retirer 3.5% de son actif.

Revenu imposable estimé: 12,906$.
Impôts à payer: environ 170$.

Jean peut donc retirer 29,050$ par an sans presque payer aucun impôt, puisque ses revenus proviennent essentiellement de dividendes de sources canadiennes (dits déterminés) qui sont très faiblement imposés.

Comment calculer le portefeuille dont vous aurez besoin avec l’impôt

Il n’y a pas de façon simple et automatique d’y arriver. Commencez par le taux de retrait souhaité. 3.5% est un bon départ pour la plupart des gens. Ensuite, déterminez votre situation probable au moment de prendre votre retraite: aurez-vous des revenus passifs? Investirez-vous principalement dans des titres à dividendes? Combien aurez-vous dans vos REERs, votre CELI, votre pension d’employeur?

Établissez ensuite votre budget de retraite en calculant 1), 2) et 3) tel que décrit ci-haut.

Faites une première simulation en utilisant le calcul de 4). Si vos dépenses sont très faibles ou que vous avez beaucoup de déductions fiscales, il est possible que vous n’ayez aucun impôt prévisible à payer: tant mieux pour vous!

Sinon, vous devrez augmenter la valeur de votre portefeuille jusqu’à ce qu’un taux de retrait de 3.5% vous donne un montant qui, une fois l’impôt réduit, correspond à votre budget souhaité. L’impôt étant progressif et par définition compliqué avec toutes les déductions et types de revenus possibles, je n’ai pas trouvé de formule pour arriver directement au montant de portefeuille requis. Ne me blâmez pas, blâmez les gouvernements qui ont rendu la chose impossible !

Note: les tables d’impôts référées dans cet article n’utilisent aucune déduction autre que les montants personnels de base. Votre revenu imposable sera vraisemblablement moins élevé, puisque vous pourrez déduire: des dons, des frais de santé, des montants pour les enfants si vous en avez et plusieurs autres (ou aucun dépendant de votre situation). Certains crédits sont remboursables, d’autres non remboursables. Certaines déductions viennent réduire vos revenus, d’autres l’impôt à payer. Éventuellement, vous allez peut-être devoir simuler un rapport d’impôts avec vos chiffres pour réellement connaître l’impôt à payer, les calculs proposés ici sont uniquement pour vous donner une idée.

 

6 réponses sur “Comment calculer notre budget de retraite?”

  1. MrJack,
    J’ai mal à la tête…
    J’estime rough que j’aurai environ 300k en REER et REER immobilisé.. donc 100% imposable.
    Et peut-etre 100,000$-125000$ en CELI non imposable (maudit que j’aimerais avoir une couple de 10baggers là-dedans lol)
    Et entre 100k-125k hors comptes enregistrés dans des titres versant des dividendes determinés canadiens donc ayant un traitement fiscal avantageux.
    Comme je compte retirer 3.5% overall (dividende visé) bien que je me demande si je ne devrais pas viser plus haut pour le CELI, j’imagine que j’aurai :
    – 10500$ imposable à 100% provenant des REER
    – 4375$ celi non imposable
    – 4375$ imposable avec calcul de majoration des dividendes
    – 10000-12k$ d’allocations familiales… non imposable (si tout cela est maintenu)
    – entre 3 et 5k… peut-etre plus… de revenus de travailleur autonome… provenant de mes activites en ligne
    – 2 enfants à charge
    – certain de mes titres ne versent pas de dividendes et je commence à me demander si je ne devrais pas diversifier avec fonds indiciels… question de compliquer la chose encore plus lol
    Ça serait mon scenario optimiste…
    J’explore aussi la possibilité d’acheter une rente viagère avec une partie de mon capital… question de fixer une partie de mes revenus et d’en avoir plus aujourd’hui au lieu de plus plus tard…
    Maudit que ça devient compliqué lol
    Je pense que je vais tout transferer ça dans un paradis fiscal et déménager là-bas. Plein le Q de ce tataouinage… lol

    1. Pour le dividende, c’est un peu pour ça que j’ai fait le calculateur.. car tu as droit à un crédit d’impôt pour dividendes .

      Donc avec 100,000$ d’actions et disons 3500$ de dividendes, le revenu imposable équivalent (équivalent à un revenu pleinement imposable) est environ de 500-600$ si tu tiens compte du crédit, pour des revenus imposables en bas de 40,000$.

  2. N’en demeure pas moins qu’ils font ça compliqué pour rien.

    En plus, on rempli des déclarations d’impôts au provincial et au fédéral et ils fonctionnent avec des règles différentes…

    Rien pour simplifier la vie des gens au-travers de cette cohue fiscale et bureaucratique.

    1. Ça n’a en fait aucun sens…

      Ces jours-ci je commence à regarder pour remplir ma déclaration de taxes (TPS/TVQ/TVH). J’ai eu un client à l’extérieur dans une province de l’Ouest. Pour utiliser la méthode de calcul dite « rapide », ils ont fait une belle matrice: dans les colonnes, selon le taux de taxe de la province où le fournisseur es situé, dans les lignes, selon le taux de taxe où se trouve ton client. Il y a 5×5 cas possibles . https://www.canada.ca/fr/agence-revenu/services/formulaires-publications/publications/rc4058/methode-rapide-comptabilite-tps-tvh.html

      Mais le ridicule, c’est qu’à la fin, quand tu remplis tes taxes, tu ne spécifies pas la province en question. Ça veut donc dire qu’une entente avec le fédéral et les provinces détermine la redistribution des taxes. Donc en fait, y’a un peu d’arbitraire car il n’y a aucune façon pour Revenu Québec de savoir si c’est en Nouvelle-Écosse ou en Alberta que le montant de taxe s’applique, on le spécifie pas sur le formulaire et tout rentre dans la même case de toute façon.

      La grosse question: si la redistribution est approximative pour simplifier les choses pour le gouvernement, pourquoi avoir gardé 25 taux de taxe effectifs? Pourquoi ne pas avoir dit: ok les boys, bon, y’a des taux différents quand une province fournit une autre province, selon qu’elle participe à la TVH, selon qu’elle gère ses propres taxes, selon ses taux, etc. Pour simplifier on va appliquer un taux unique, pour tout le monde, ça va être réglé !

      Mais non! Ils ont choisi de nous faire appliquer PRÉCISÉMENT les taux de taxes, pour ensuite redistribuer un peu arbitrairement le cash aux provinces.

  3. MrJack,
    Voilà un peu ce que je voulais dire en parlant de la lourdeur bureaucratique qui tue le petit entrepreneur… tsé celui qui veut gagner de petits montants en sideline… ça vient tellement compliqué et là on ne parle que des impôts.
    Moi c’est le genre de chose qui me démotive et sur internet ça peut etre encore plus compliqué. Par exemple, si tu veux vendre un livre sur Amazon… là t’as IRS qui embarque. Les traités de taxe, la retenue de 30%, les règles américaines du sejour de 180 jrs en 3 ans si tu tires des revenus americains. Etc…

  4. Tu fais quelque chose de bien au niveau de tes dépenses, c’est-à-dire que prendre en considération, en plus de tes dépenses de base, tes dépenses exceptionnelles non récurrentes amorties et tes dépenses futures souhaitées.

    Ça te permet de ne pas être pris entre 4 murs à la journée longue en mangeant du cannage, en baissant les thermostats et en espérant ne pas manquer d’argent avant la fin de l’année.

    Un moment donné, tu as raison, d’autant plus si tu es propriétaire, il y a des fenêtres à changer, des toitures à refaire, des véhicules à réparer, etc.

    Et ça peut être  » le fun  » de pouvoir voyager ou faire des expéditions ou pour une sortie d’exception de temps en temps.

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