Y a-t-il encore une place pour les obligations dans un portefeuille en 2017?

Les obligations n’ont pas la cote, ces temps-ci. Quand on mentionne le mot « obligations » dans une conversation, ça évoque les couvertures en patchwork, l’odeur de la pipe, les papparmanes, la crème de menthe et les petites enveloppes brunes de Desjardins dans laquelle on déposait jadis 0.25$ par semaine.

Bref, c’est pas très FinTech, pas très 2017. Mais mon grand-père, mort en 1985, me disait toujours: « vous autres pis vos iPhones! » Cette parole de sagesse ne m’a rien apporté de spécial. Ceci dit, à part d’accentuer mes rhumatismes, des obligations, en 2017, est-ce que ça a encore une place dans nos portefeuilles?

J’en profite pour partager un nouveau simulateur. J’aime ça, les calculatrices en ligne et les simulateurs. Plein de chiffres à analyser!

Celui-ci est un simulateur de Vanguard, le méga-fournisseur de FNBs. Un peu comme cFireSim et FireCalc, cet outil simule des rendements boursiers,  obligataires et l’inflation pour générer des scénarios possibles pour les prochaines années et voir si votre portefeuille survivra à ces scénarios. cFireSim et FireCalc ont une approche similaire: ils utilisent les données historiques remontant aux débuts de la Bourse et, si on utilise une période de retraite de 45 ans (la donnée que j’utilise), regarde chaque période de 45 ans consécutives historiques pour déterminer à quel pourcentage de ces périodes votre portefeuille aurait survécu. cFireSim et FireCalc se servent du passé pour tenter de prédire l’avenir. C’est pourquoi, on cherche des taux de succès qui avoisinent les 100%. À 100%, ça ne signifie pas qu’on a 100% de chances de succès, mais ça signifie que si les 45 prochaines années ne sont pas pires que la pire séquence de 45 ans qu’on a connu dans le passé, ça va aller!

Le calculateur de Vanguard est différent. Plutôt que de regarder des séquences de 45 ans consécutives, il émet l’hypothèse que toute séquence est possible. Avec cet outil, par exemple, il est possible d’avoir une séquence où la Bourse fait -40% une année, -20% l’année suivante, -30% l’année suivante, -10% l’année suivante, et encore -28% l’année d’après. C’est l’hypothèse du marché efficace: même après un rendement de -40%, le marché étant efficace, ça ne change pas les perspectives de l’année suivante. Et j’imagine en fait que c’est possible qu’un tel scénario arrive. Sur 10 000 ans, par exemple… un astéroïde gigantesque s’écrase sur la Terre, la Bourse chute de 40%. Ça crée un gigantesque nuage de poussière, la Bourse chute de 20%. L’année suivante les récoltes sont à peu près nulles et la population commence à décliner, la Bourse chute de 30%. Ce scénario, bien qu’improbable, est quand même possible. cFireSim et FireCalc ne sont pas en mesure de capturer ces scénarios, parce qu’évidemment ils ne sont pas arrivés dans les cent et quelques dernières années de données boursières!

C’est ici qu’entre en jeu les simulations de type Monte Carlo. Ces outils vont générer des TAS de scénarios aléatoires. Vanguard en génère 100,000. Chaque scénario est composé d’une année réelle (donc basée sur des données historiques) de rendements (actions, obligations, inflation). Cependant, les 44 années suivantes de la simulation sont complètement indépendantes.

Le simulateur de Vanguard donne des résultats beaucoup plus pessimistes que cFireSim et FireCalc. Il est difficile de croire à l’efficacité parfaite des marchés. En 2009, par exemple, la plupart des investisseurs avertis considéraient sans doute cette année-là comme une opportunité. Comme quoi il est faux de dire que le passé n’a aucun pouvoir pour prédire l’avenir en matière boursière. Je pense qu’il est plus juste de penser que les marchés sont généralement efficaces, mais que parfois, ils connaissent des élans de panique ou d’exubérance. Dans ce sens, je pense que les simulateurs cFireSim et FireCalc sont plus exacts. Mais il est intéressant de tester son portefeuille avec des scénarios plus pessimistes, non? Et ce faisant, on peut aussi profiter de l’occasion pour répondre à la question du titre: les obligations ont-elles encore leur place en 2017?

Données utilisées, proches des miennes:

Portefeuille initial: 700,000$
Dépenses annuelles, augmentées selon l’inflation: 22,000$
Durée de la retraite: 45 ans

Portefeuille 1: 100% actions
Portefeuille 2: 75% actions, 25% obligations long terme
Portefeuille 3: 50% actions, 50% obligations long terme
Portefeuille 4: 25% actions, 75% obligations long terme
Portefeuille 5: 100% obligations

Quel portefeuille a les meilleures chances de succès selon chaque outil?

Selon cFireSim: Les portefeuilles 1 et 2 ont 100% de succès, le 3 obtient 98%. Les portefeuilles fortement pondérés en obligations ont de faibles taux de succès (31% seulement pour le portefeuille 5)

Selon FireCalc: Les portefeuilles 2 et 3 ont tous les deux 100% de succès, le portefeuille 1 contenant 100% d’actions obtient 99%, alors que les portefeuilles 4 et 5 ont des taux de succès trop bas pour être considérés.

Selon Vanguard: Le portefeuille 1 a un taux de 89%, le 2 obtient 92%, le 3 obtient 93%, le 4 obtient 90% et le 5, 64%.

Que conclure de ces résultats? Il semble qu’historiquement, il n’était pas nécessaire d’utiliser beaucoup d’obligations dans son portefeuille pour obtenir un taux de succès élevé.

En effet, le portefeuille 1 obtient pratiquement 100% de succès selon cFireSim et FireCalc. Ce qui est intéressant, toutefois, c’est de constater que selon les simulations de Vanguard, des scénarios hypothétiques simulés pourraient en moyenne nécessiter une plus large part d’obligations. Si on regarde l’ensemble des trois outils, le portefeuille 2 semble très intéressant: il obtient le taux le plus élevé de 100% selon cFireSim et Firecalc, et presque le taux le plus élevé avec 92% selon le simulateur Monte Carlo.

Alors évidemment, il faut prendre ces résultats avec un grain de sel. Le disclaimer usuel: le passé n’est pas garant.. machin. Mais c’est quand même intéressant d’avoir des outils basées sur des données réelles et simulées. Imparfaits, ces données et outils, mais ils ont fait l’objet de beaucoup de discussions, d’analyses et de  réflexions.

Est-ce que la prudence justifie d’avoir des obligations dans son portefeuille? La décision finale revient à chacun. Il faut comprendre aussi que les portefeuilles composés à 100% d’actions ont un écart-type beaucoup plus élevé: en moyenne ils font beaucoup mieux, mais les résultats sont all-over-the-place, autant vers le haut que vers le bas. En ajoutant des obligations, on diminue la volatilité, on diminue légèrement la moyenne des rendements, et les scénarios sont davantage centrés autour de la moyenne avec un écart-type beaucoup plus petit.

En somme, la prudence a un coût et on le paie sur le rendement moyen. Ceci dit, pour des gens frugaux comme nous, j’ai l’impression que de se contenter d’une moyenne de rendement un peu plus basse, mais ayant un potentiel de taux de succès plus élevé correspond généralement bien à nos aspirations.

À vous de voir, mais personnellement, utiliser le calculateur de Vanguard n’a fait que confirmer mon désir de conserver au moins 25% de mon portefeuille en obligations.

Sur ce, je m’en vais prendre une papparmanne, ça va me mettre dans le beat pour la crème de menthe de fin de soirée, juste après avoir fumé ma pipe. C’est ben pour dire !

Ah les obligations ! Ça me rappelle mes grands-parents !

P.S: Saviez-vous que, selon une loi connue sous le nom de « Loi des titres selon Betteridge », la majorité des articles qui contiennent une question dans le titre sont répondus par la négative par l’article? J’ai fait entorse à Betteridge, kin toé.

 

 

 

 

9 réponses sur “Y a-t-il encore une place pour les obligations dans un portefeuille en 2017?”

  1. MrJack,
    Donc en gros 100% d’actions ou 75/25 semble avoir été mieux par le passé. Il faut dire que les obligations ont offert un rendement anormal à certaines époques. Aujourd’hui, ça fait dur. T’aurais pas un simulateur qui permettrait de voir le futur? Lol
    Il y a tellement de choses qui peuvent arriver dans les 70 prochaines années…

    Des fois je me dis que je devrais investir davantage dans mon auto-suffisance.. exemple une serre automatique (je me suis acheté un Raspberry pi dernièrement lol https://www.raspberrypi.org/blog/farmbot-open-source-cnc-farming-robot/) , réduire mes besoins énergétiques en provenance de la grid etc…

    Avoir ma propre source d’eau potable, l’essentiel de ma nourriture couvert par mon auto-production, ma propre source d’énergie… c’est quelque chose qui m’a tjrs intéressé. 🙂

    Je veux dire… si t’es capable de vivre avec 5000$ par an par exemple, à quoi bon tous ces efforts et simulations? 😁

  2. C’est une autre façon d’investir… j’ai déjà rêvé dans le passé à l’autarcie quand j’ai eu ma première maison.. j’avais un terrain de 60,000 pieds carrés, je buchais mon bois et j’avais un petit barrage sur la rivière qui traversais.. je puisais déjà mon eau potable, ainsi que fosse sceptique, de sorte que les taxes municipales étaient minimes (moins de 1000$ par an).

    j’avais commencé à faire des recherches pour de petites génératrices sous-marines… ceci dit, c’était un coin de marde pour le côté agricole: rocheux, en altitude, trop froid. Ça reste cool comme idée.. mais possiblement pas rentable.. exemple, investir pour une éolienne ou du solaire n’est pas encore rentable. Y’a relativement peu d’investissements de ce genre qui sont rentables en fait.

    Pour revenir aux obligations, les rendements des intérêts ne sont pas si importants et il faut aussi les mettre en perspective avec le taux d’inflation, qui lui aussi est historiquement bas.

    Ce qui compte surtout, c’est que quand l’économie va mal, les actions chutent et la valeur des obligations montent, tout en offrant des intérêts. C’est cette corrélation inverse qui aide, ça permet de vendre des obligations au lieu de vendre des actions quand la bourse chute.

    Par exemple, si tu prends un scénario avec mon portefeuille.

    J’ai disons 175,000$ en obligations et 525,000$ en actions. En 2008 la bourse chute grosso modo de 35%, mais les obligations montent de 5%. Je suis alors à 341,000$ d’actions et 184,000$ d’obligations. Les dividendes combinées (avant crash) étaient de 2%, je reçois 14,000$ sur 22,000$, j’ai donc besoin de 8000$. Je vends 8000$ d’obligations, je suis à 176,000$ d’obligations. Je n’ai pas vendu d’actions, et je dois rebalancer mon portefeuille qui est maintenant de 517,000$ (ouch!). Le rebalancement me fait vendre des obligations (elles sont chères) et acheter des actions (elles sont bon marché). J’arrive à 388,000$ d’actions et 129,000$ d’obligations. En 2009, les obligations font 6% et les actions 26%. Je finis 2009 avec 488,900$ d’actions, 137,000$ d’obligations pour un portefeuille de 626,000$.

    À 100% d’actions, je serais parti de 700,000$, à 455,000$ après le crash. En vendant 8000$ d’actions pour payer mes dépenses qui dépassent les dividendes, je suis à 447,000$. Après 2009, je serais remonté à 563,000$, soit 63,000$ de moins qu’avec le scénario comportant des obligations. Bien sûr, il y a des scénarios où 100% d’action est plus profitable. En fait, la majorité des scénarios sont meilleurs avec 100% d’actions. Mais les obligations sont utiles pour le 1% de scénarios catastrophes. Alors soit tout va bien et on fait juste moins d’argent, soit tout va mal et on augmente ses chances de protéger sa retraite. Moi c’est ainsi que je le vois.

    Bon, tu me diras, avec l’approche par dividendes, pas besoin de faire ça, mais j’ai déjà parlé des raisons expliquant pourquoi cette approche n’est pas possible pour moi présentement (l’impôt sur les gains en capital) et ma préférence pour investir de façon plus passive.

  3. Et juste pour être clair.. si vous avez 20 ans ou que la retraite est dans plusieurs années, je suggère aussi 100% d’actions.

    La part des obligations est utile quand on approche de la retraite ou quand on est à la retraite et qu’on ne pourra pas profiter des baisses du marché boursier pour y investir de nouveaux capitaux.

  4. MrJack,
    Éolienne etc… tu les fabriques bien sûr! Lol pourquoi acheter une éolienne à une couple de mille quand tu peux t’en fabriquer une gratuitement ou pour pas trop cher… ?

    Pour les panneaux solaires, tu voles toutes les petites lumieres solaires decoratives de patio et de jardin de tes voisins et tu te fais un beau gros panneau sur une planche de 4×8 lol

    Le plus cher ce sont les batteries pour stocker l’électricité. Mais évidemment, t’essaie de chauffer au bois, chauffage solaire passif et l’électricité tu utilises ça au minimum… juste assez pour charger le laptop et alimenter le router!

    En étant purement vegan les frigos, fours, micro ondes sont optionnels… tu manges fruits, legumes, noix cru et des céréales bouillies (riz, quinoa etc) que tu cuisines sur ton poele a bois ou avec un bruleur à alcool que tu as bien sûr concocter toi-même avec tes rebuts de cuisine lol

    Ahhh que j’aimerais être Robinson Crusoe parfois. Lol

    J’ai bien aimé la série documentaire « america unplugged » à ce sujet.

    Mais si on en revient à nos moutons, je comprends ton point. C’est intéressant.

  5. Je note America Unplugged dans ma liste, je vais voir si je peux trouver ça!

    Par petits bouts, pour le fun, j’ai vécu un peu comme ça.. une expérience partielle disons.. j’avais un poêle Bélanger, donc je pouvais faire cuire des choses au four, et miam les toasts directement sur la fonte! La longue attente pour faire bouillir l’eau pour le café… c’était pas déplaisant!

Les commentaires sont fermés.