Stratégies de décaissement (réflexions préliminaires)

Je prévoyais déjà éventuellement écrire un article sur le sujet, mais comme on m’a questionné à ce sujet, j’ai décidé de le faire maintenant plutôt que de fournir une longue réponse dans un commentaire! Quelle est ma stratégie actuelle et prévue de décaissement, maintenant que je n’ai plus de revenus réguliers? Voyons voir…

Situation initiale au 1er août 2017

D’abord, partons des données initiales. Quand on quitte son emploi pour une retraite, la première année n’est pas comme les autres. Dans mon cas:

  • Quand je suis parti durant l’été, je n’avais pas pris beaucoup de vacances dans l’année précédente. Combiné à des vacances cumulées non prises au cours des années, j’ai été payé l’équivalent d’un mois de salaire lors de ma dernière paie, en plus de ma paie régulière. Mais ce mois de salaire couvre beaucoup plus qu’un mois de dépenses, peut-être deux ou trois mois en fait. Je ne trouvais pas qu’il valait la peine d’investir cet argent, puis le retirer et gérer les impôts (pertes ou gains en capital). J’ai donc conservé ces liquidités. Aujourd’hui, cet argent est épuisé, mais j’ai « vécu » un bon deux mois et demi sur ce montant.
  • Avant de partir, je n’étais pas 100% investi. Je m’étais gardé des liquidités additionnelles plutôt que les investir, pour les mêmes raisons qu’au point précédent. De plus, quand je dis avoir 75% actions et 25% d’obligations, il s’agit en réalité de 75% d’actions et le reste en argent liquide et obligations. À mon départ, j’avais environ 30,000$ de liquidités (compte courant + Tangerine). Ça peut sembler beaucoup, mais c’est moins de 5% de mon portefeuille. J’ai donc grosso modo 20% d’obligations et 5% de liquidités. Vous verrez plus bas pourquoi je souhaitais un tel niveau de liquidités.
  • Je suis dans une année où j’ai reçu environ 75% de mon salaire annuel (si j’ajoute les revenus autonomes). Pour des raisons fiscales, il n’est pas question de retirer des REER cette année.
  • L’an prochain, en 2018, j’aurai des droits de cotisation au REER car ces dernières sont calculées sur l’année précédente (2017). J’ai une opportunité de cotiser à mes REER en 2018. Bonne idée? J’expliquerai plus bas.
  • Je viens recevoir 4500$ net de revenus de travail autonome, mais je l’ai transféré dans un autre compte afin de simuler une retraite totale (voir mon billet Bilan financier au 30 Novembre 2017

En somme, donc, je n’ai pas eu à vendre ou retirer des actions ou obligations, ni à toucher au REER ou au CELI. J’ai « consommé » l’équivalent de 8000$ de liquidités, et je vais finir l’année 2017 et 2018 sur les liquidités restantes. En décembre 2018, je devrais avoir épuisé mes 30,000$ de liquidités initiales.

Répartition de l’actif par compte

Voyons la situation au niveau des comptes:

REER: 340,000$
CELI : 60,500$
Non-enregistré: 309,000$ (incluant les 30,000$ liquide)
Total : 709,500$

Des considérations fiscales

J’en parle sur un article, Optimiser la fiscalité de la retraite anticipée (phase de décaissement), lors de la retraite, les questions fiscales sont importantes! Mon budget de 22,000$ est net d’impôts, et ma stratégie de 3.5% suppose que je ne paierai pas d’impôts non plus.

Dans l’article je parle du passif fiscal: 50,000$ dans un CELI, ce n’est pas la même chose que 50,000$ dans un REER ou dans des actions dans un compte non-enregistré qui comportent un gain en capital non réalisé.

L’actif tel qu’on le calcule habituellement est une illusion. Il est très difficile de calculer notre passif fiscal car il dépend beaucoup de sa situation future. J’ai assumé que mon passif fiscal, si je gère bien mes affaires, serait de 0$.

Si je paie dans le futur des impôts, ce sera parce que mes rendements ou mes revenus auront été plus élevés que prévus, auquel cas je n’aurai pas de problème à financer ma retraite. Mais pour obtenir ce 0$ de passif, il faut bien planifier les retraits des REERs et les ventes d’actions des comptes non enregistrés!

Dans mon cas, les 340,000$ du REER sont à risque d’imposition, et sur les 309,000$ non enregistrés j’ai environ 150,000$ de gains en capital non réalisés. Si je vendais toutes mes actions aujourd’hui, je paierais de l’impôt sur 75,000$ des gains, étant donné que seuls 50% des gains en capital sont inclus dans le revenu. Sans enfants ni déductions particulières, on paie de l’impôt à partir d’un revenu de 11,635$, donc me débarrasser des gains en capital prendra plusieurs années, mais j’ai peut-être une solution pour accélérer le processus et pouvoir effectuer le ménage de mon portefeuille.

Mon objectif est d’utiliser une stratégie passive qui a fait ses preuves. Je penche pour un portefeuille indiciel, comme celui proposé ici.

J’ai expliqué que retirer des REER cette année est une mauvaise idée: je suis présentement pleinement imposé. Mais qu’en est-il en 2018?

2018: L’année après la retraite

2018 sera pour moi une autre année « spéciale » fiscalement parlant. Les droits de cotisation aux REERs sont calculés sur l’année précédente, dans mon cas, 2017. En 2018, donc, je peux cotiser à mon REER pour réduire mon impôt à payer. J’aurai alors peut-être 15,000$ de droits. Mais pourquoi ferais-tu ça, Mr. Jack, si tu ne travailles pas, tu n’aurais pas d’impôts à payer!

Pas si simple ! Je pourrais profiter de mes droits de cotisation pour liquider mes actions dans mes comptes non enregistrés. Si mes droits de cotisation sont de 15,000$, par exemple, je réduirais d’autant mes revenus. Ajouté aux 11,635$ de revenus que je peux avoir sans payer d’impôts, je pourrais atteindre 26,635$ de revenus au total. Si je n’avais aucun autre revenus, je pourrais « réaliser » un gain en capital d’environ 53,270$ (donc vendre grosso modo 100,000$ d’actions) ce qui devrait m’éviter d’avoir à payer de l’impôt.

En retour, je me retrouverais avec un REER de 15,000$ plus élevé, que je devrais retirer plus tard en étant prudent.. pour éviter de payer de l’impôt! Faire ce transfert ne donne donc pas grand chose sur papier, mais en pratique il me permet de vendre beaucoup d’actions et d’équilibrer mon portefeuille!

2019 et au-delà

Tel que spécifié plus haut, j’ai présentement les liquidités nécessaires pour passer à travers de 2018, à moins de surprises.

Mais quelle stratégie de décaissement adopter pour les années futures? Retrait d’un REER? Vendre des actions? Son CELI?

J’ai expliqué en partie la stratégie dans Optimiser la fiscalité de la retraite anticipée (phase de décaissement) : l’idée est de maximiser les retraits du REER et vendre des actions dans des comptes non enregistrés, jusqu’à la limite possible avant de payer les impôts.

Ça l’air simple de même, mais c’est compliqué: pendant ce temps, je reçois des intérêts sur mes liquidités, des dividendes dans des comptes non enregistrés et possiblement des revenus de travail autonome. Comment optimiser tout ce bordel et savoir ce qu’il faut faire, et à quel moment?

Un décaissement à rebours

Voici comment j’envisage concrètement mon décaissement dans le but de m’assurer d’éviter l’impôt:

  • à chaque année, je remplis l’équivalent d’une année de dépenses en liquidités (disons 22,500$), dans un compte, appelons-le La Petite Caisse.
  • à la fin de l’année fiscale, en décembre, je saurai combien de revenus de dividendes, d’intérêt et autres revenus (travail autonome, par exemple) j’aurai obtenu au cours de l’année
  • les revenus provenant de comptes non enregistrés (intérêts, dividendes, etc.) sont transférés dans la Petite Caisse
  • en décembre de chaque année, à partir de décembre 2018, je dois combler la différence pour atteindre le 22,500$ (que je réajuste chaque année pour l’inflation). Pour y arriver, je vendrai des actions ou des obligations d’un compte non enregistré ou des REERs ou une combinaison des deux. L’idée ici est de trouver une combinaison qui permettre de remplir La Petite Caisse au niveau souhaité à chaque année, tout en maximisant les retraits des REER et la réalisation de gains en capital sans payer d’impôts. Ce faisant, j’espère pouvoir transférer peu à peu le surplus vers mon CELI. En effet, je pourrais vendre par exemple pour 80,000$ d’actions d’un compte non enregistré, sur lesquels j’ai 20,000$ de gains en capital, dont 10,000$ est imposable: je ne paie pas d’impôts, et après versement dans la Petite Caisse, il reste de l’argent pour cotiser au maximum au CELI et réinvestir le reste en fonction de mon portefeuille cible: je me débarrasse ainsi de mes vieux gains en capital et d’actions que je ne souhaite plus garder.
  • Le choix entre vendre des actions ou des obligations (ou les deux) va dépendre de la répartition des actifs visés. Si je maintiens mon objectif de 75% en actions et 25% en obligations, je vais retirer de façon à m’approcher le plus possible de cette cible.
  • Un avantage de procéder ainsi en fin d’année: je retire éventuellement de mes REER en décembre et il y aura une retenue d’impôts, de sorte que la Petite Caisse ne contiendra pas 22,500$. Cette retenue en trop me sera remboursée au printemps suivant. À ce moment-là, je peux rembourser la Petite Caisse. Le gouvernement n’aura conservé mon argent que pendant quelques mois et je n’ai pas à retirer plus d’argent que nécessaire pour compenser.
  • Je ne suis pas pressé en fait de retirer de mon REER. Je vais possiblement attendre quelques années afin d’avoir une meilleure idée de mes revenus imposables. Ainsi, je pourrais transformer une partie de mon REER en FERR et éviter les retenues d’impôt et les frais de retrait chargés par les institutions.
  • Présentement, mes revenus de placement (intérêts et dividendes) correspondent à environ 15,000$. Si je n’ai pas d’autres revenus, il me faudra donc vendre pour l’équivalent d’environ 7500$ en actions chaque année. Mais il se peut que je procède autrement. Par exemple, je pourrais réinvestir les dividendes du REER en achetant des actions et vendre plus d’actions du compte non enregistré.  Notamment, je n’ai pas l’intention de retirer des fonds du CELI, donc il n’est pas question pour moi de toucher aux dividendes provenant du CELI. Le CELI c’est le compte magique: un retraité en particulier a intérêt à y puiser des fonds en dernier.

En Résumé

Ça semble compliqué tout ça, mais en réalité la recette est assez simple:

  • En décembre de chaque année, il faut remplir la Petite Caisse, qui servira à payer les dépenses de l’année suivante
  • En décembre, on un bon portrait de ses revenus de l’année fiscale qui s’achève, c’est donc un bon moment pour retirer des REER ou vendre des actions dans des comptes non enregistrés qui génèrent des gains imposables: on sait exactement combien de revenus on peut générer et optimiser l’impôt à (ne pas) payer
  • Ne pas toucher au CELI et réinvestir les dividendes et intérêts provenant de ce compte
  • S’il faut vendre des actions ou obligations pour remplir la Petite Caisse, le faire de façon à maintenir la cible de répartition souhaitée (dans le cas d’une approche indicielle, ça peut vouloir dire maintenir un ratio actions vs obligations, dans une approche basée sur les dividendes, c’est peut-être vendre des titres qui ne répondent plus aux critères des « artistocrates »)

Alors en somme, ce n’est pas si compliqué, et j’ai encore bien du temps pour y penser: prochain rendez-vous: décembre 2018!

4 réponses sur “Stratégies de décaissement (réflexions préliminaires)”

  1. Bonsoir,

    La fiscalité est un domaine très compliqué et disons que j’ai beaucoup de devoirs à faire. Mais c’est en effet un élément très important à considérer dans une stratégie de décaissement, car chaque action peut avoir son lot de conséquences. Vous semblez bien maîtriser le sujet. J’ai hâte de lire la suite (j’imagine qu’il y aura une suite, car le titre est « réflexions préliminaires »).

    Au plaisir.
    Retraite 101

  2. Bonjour Retraite 101!

    C’est (ou c’était) un sujet important aussi pendant l’accumulation, mais moins qu’avant, grâce au CELI. J’ai accumulé une bonne somme en dehors de tous les comptes enregistrés. Une personne plus jeune, qui avait disons 20 ans quand en 2009 les CELI sont arrivés aurait, à 42 ans, plus de 125,000$ de droits dans le CELI, plus les rendements.

    Tout ce que j’ai décrit dans cet article en réalité sera beaucoup plus simple dans le futur: les futurs jeunes retraités auront la majorité de leurs actifs dans les REERs et les CELI. Il ne restera alors essentiellement que le REER à gérer côté fiscal.

  3. MrJack,
    Intéressant… simple mais compliqué lol
    Garder un an dans la « petite caisse » est problement la meilleure option pour gérer la fiscalité.
    Évidemment, il faut être à son affaire et ne se servir que de sa part mensuelle…
    Ça c’est la partie qui me fait un peu peur… je pense que j’aurai besoin de 2 comptes bancaires. Un avec carte de guichet pour transactions courantes et l’autre pour détenir l’argent de la petite caisse. Je me verserai des « payes » hebdomadaires le jeudi lol… genre 300$ par semaine.

  4. Je ne voulais pas compliquer les choses encore plus, mais c’est ce que je vais faire. La Petite Caisse sera en fait un compte Tangerine et je vais payer les factures avec mon compte Desjardins habituel. Je vais donc me transférer du fric à mesure, au besoin, peut-être 5-6 fois par an. Pas tant que je crains de trop dépenser, c’est surtout pour profiter d’un taux d’intérêt un peu meilleur (1% c’est moche mais c’est mieux que 0% :))

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