Les robo-conseillers et votre portefeuille

Dans le monde de l’investissement personnel, la mode depuis quelques temps est aux robots-conseillers financiers.

Un robot-conseiller, c’est une application qui gère automatiquement votre portefeuille en fonction de critères tels que votre âge, votre niveau de risque et vos préférences. On vous promet de réaliser des économies d’une part, et vous pouvez en quelque sorte laisser la machine tout faire à votre place: vous n’avez donc pas à vous soucier de vos investissements.

Mais est-ce vraiment une bonne solution? 

Des avantages intéressants

Voyons d’abord quelques avantages des robots conseillers:

  • ils promettent une gestion automatisée de vos investissements à peu de frais
  • ils permettent de soustraire l’émotion de l’équation: vous achetez et vendez selon des critères objectifs qui éliminent la peur ou l’appât du gain comme critère de décision
  • vous n’avez pas besoin d’apprendre à investir. C’est d’ailleurs là-dessus que mise une bonne part du marketing autour de ces produits: confiez vos économies à un robot-conseiller, et allez faire du kite
  • votre argent est investi dans des Fonds Négociés en Bourse (FNBs) offrant une diversification et une indexation passive reconnue comme étant l’une des meilleures approches pour investir
  • les achats et ventes de FNB sont « mutualisés », de sorte que vous pouvez investir ou retirer de petits montants sans payer de commissions à chaque transaction (certains robots-conseillers chargent des frais de transaction)

Ces avantages sont importants. Quand on consulte un site comme WealthSimple, l’un des pionniers du genre au Canada, il faut avouer que c’est rafraichissant, à comparé par exemple au médiocre et inutilisable interface de Disnat chez Desjardins. Mais est-ce vraiment une bonne solution pour vous? Plus précisément, est-ce une bonne solution pour atteindre l’indépendance financière?

Des frais peu élevés, vraiment?

Le problème principal que je vois avec les robot-conseillers, ce sont les frais associés. Même si on faire la promotion des faibles coûts, je ne vois pas une grande différence entre un robot-conseiller et des fonds mutuels. Par exemple, les frais chez Tangerine pour les fonds mutuels sont de 1.07%. À titre de comparison, les frais des robots-conseillers au Canada (voyez le comparateur de HardBacon) sont entre 0.5% et 0.7%. Mais à cela, il faut ajouter les frais de gestion des fonds sous-jacents  (les FNBs détenus), qui, en moyenne, seront autour de 0.20% selon WealthSimple. Au total, donc, les frais de gestion totaux seront de 0.7% à 0.9%. C’est mieux que Tangerine, mais guère.

Le vrai coût des frais de gestion

« Mais Jack, 0.7%, c’est pas grand chose il me semble, non? »

C’est l’erreur que font la plupart des gens. Je souffre chaque fois que j’investis dans un FNB qui charge plus de 0.10%, car je sais l’impact sur mes finances. Toute ma vie d’investisseur, j’ai principalement investi dans des FNBs et dans des actions individuelles. Un peu dans des fonds mutuels d’employeur, mais je transférais à mesure, dès que j’accumulais suffisamment de fonds pour que ça vaille la peine. Alors faisons l’exercice suivant: à supposé que j’aie obtenu les mêmes rendements qu’un robot-conseiller, où en serais-je aujourd’hui si j’avais utilisé les services d’un robot plutôt que d’investir par moi-même?

Pour faire cette évaluation, je vais me référer à l’évolution de mon portefeuille au cours des années. Je vais émettre deux hypothèses: en moyenne j’ai investi dans des FNBs avec frais moyens de gestion de 0.20% (comme l’estime WealthSimple), même si en réalité c’est moins que ça car j’ai acheté plusieurs titres directement, sans frais. J’estime aussi avoir fait en moyenne 10 transactions à 10$ par an (en réalité, c’est moins que ça et la plupart du temps, ces frais m’ont été crédités lors de transferts de fonds chez Disnat). Donc, du côté des frais du Robot-Conseiller, j’ajoute 0.50% et je soustrais 100$ correspondant à mes frais de transaction.

Il faut aussi tenir compte des rendements perdus. En effet, sur chaque tranche de 100$ de frais supplémentaires, vous perdez les rendements futurs que vous auriez obtenu sur ces frais. Pour simplifier les calculs et pour m’éviter d’avoir à retrouver les rendements boursiers de chaque année et tenir compte de mes dépôts et de leur date, je vais considérer un conservateur 6% de rendement. Je sais que dans la réalité, ce fut plus que ça car mon portefeuille a profité de la belle séquence 2009-2017 de rendements bien supérieurs à 6%, période où les montants sont plus gros que pendant le crash de 2008-2009.

Année Réel Frais nets robots Cumul
Pertes investissements
2004 $73,260 $466 $466 $28
2005 $99,900 $600 $1,094 $66
2006 $126,540 $733 $1,892 $114
2007 $163,836 $919 $2,925 $175
2008 $176,490 $982 $4,083 $245
2009 $166,500 $933 $5,260 $316
2010 $206,460 $1,132 $6,708 $402
2011 $239,760 $1,299 $8,409 $505
2012 $266,400 $1,432 $10,346 $621
2013 $306,360 $1,632 $12,599 $756
2014 $375,624 $1,978 $15,333 $920
2015 $426,240 $2,231 $18,484 $1,109
2016 $506,160 $2,631 $22,224 $1,333
2017 $612,720 $3,164 $26,721 $1,603

Portefeuille si j’avais utilisé un robot-conseiller: $584,396
Différence: $28,324
Coût du robot-conseiller en 2017: $4,767

Que constate-t-on de ces chiffres?

D’une part, que les frais explosent avec la taille du portefeuille. Un petit pourcentage d’un petit chiffre donne un petit montant en $. Mais même un petit pourcentage de 0.5% sur un portefeuille de 600,000$, devient gros: 3000$ de frais annuels! Quand on tient compte aussi de la perte composée des rendements, le coût total explose à 4767$ avec mon exemple!  Et c’est ce chiffre qui fait le plus mal. La différence de 28,324$ entre le portefeuille que j’aurais si j’avais utilisé un robot-conseiller est déjà très grande. Mais ce 4767$ de coûts annuels que j’aurais si j’utilisais un robot-conseiller, lui, m’indique que je ne pourrais PAS être retraité aujourd’hui.

Ça signifie en quelque sorte que mon taux de retrait au 1er janvier 2017 n’aurait pas été de 22,000$ sur un portefeuille de 613,000$ = 3.6%, mais plutôt de 22,000$ plus 3164$ de frais supplémentaires sur un portefeuille réduit de 584,400$, soit un taux de retrait de 4.3% (dans les faits, mon portefeuille était autour de 650,000$ au 1er août au moment de quitter).

Non seulement j’ai 30,000$ de retard dans mon portefeuille, mais les frais du robot-conseiller nécessite que j’atteigne un portefeuille de 720,000$ (plutôt que 630,000$) pour obtenir un taux de retrait de 3.5% pour payer mon budget de 22,000$ ET les frais de gestion supplémentaires de 3164$ ! Au 1er août 2017, j’aurais donc été à court de 136,000$. 

Quel est le coût réel d’un robot-conseiller? Au moins 2 ans de retraite dans mon cas!

Les robots-conseillers et l’éducation financière

Un autre reproche que j’ai contre les robots-conseillers, c’est qu’ils peuvent mener certaines personnes à éviter de prendre leurs finances en main. On leur vante les mérites d’une approche nouvelle, à la mode, techno, qui permet d’économiser et de vaquer à des occupations bien plus plaisantes que les finances. C’est bien, mais ça reste qu’encore une fois, on s’empêche d’apprendre et de d’éduquer adéquatement lorsqu’on confie nos finances à un conseiller, robot ou humain. Je comprends parfaitement qu’on puisse préférer faire du ski nautique plutôt que d’apprendre les rouages de l’investissement (même si ce n’est pas très compliqué si vous adoptez un portefeuille simple tel que proposé ici).  Prendre en main ses propres finances, apprendre sur le sujet, comprendre le fonctionnement (au moins les bases!) de la Bourse: même si le sujet vous déplaît, l’impact sur vos finances et votre retraite vaut bien plus que toutes les petites économies que vous pourrez faire en consultant les circulaires ou en comparant les sites de commerce en ligne!

Donc, les robots conseillers, c’est déconseillé?

Pas nécessairement. Les robots conseillers sont probablement une meilleure option que les fonds mutuels. C’est déjà ça de pris. J’aurais préféré que mon ex-employeur fasse affaire avec une plateforme de robots conseillers plutôt que par une firme traditionnelle de type Group Investors pour gérer nos REER collectifs à grands frais (1.5% et plus!).

Pour certaines personnes, le dégoût ou la peur des finances est tel qu’il n’y a aucune chance pour qu’elles s’éduquent à ce sujet sufisamment pour qu’elles deviennent autonomes. Les robots conseillers me semblent quand même un petit pas dans la bonne direction. Les frais, comme on l’a vu, sont particulièrement importants à mesure que le portefeuille grandit. Si les gens s’initient aux placements via un robot conseiller et qu’il s’agit d’un tremplin vers l’autonomie, tant mieux ! Car contrairement aux fonds mutuels achetés après une rencontre avec un conseiller financier, il y a déjà une certain étape de réalisée: celle de l’autonomie.

Mais si vous avez un intérêt pour les finances, songez à l’importance des frais avant de confier vos placements à un robot-conseiller!

8 réponses sur “Les robo-conseillers et votre portefeuille”

  1. MrJack,
    Les robo-conseillers… tout ce que j’ai à dire c’est LOL encore une autre arnaque marketing pour s’approprier le contrôle des épargnes des petites gens.
    Quant aux frais comme tu l’as démontré, des frais en pourcentage ça fait de l’intérêt composé terrible aussi.
    Moi ça me coûte environ 120$ par année en frais de transaction (12 achats) pendant ma période d’accumulation et ensuite théoriquement 0$ pour tjrs (c’est faux car j’aurai à faire quelques transactions de maintenance et j’aurai des frais de taux de change sur mes dividendes US). Mais pour me rendre à 3000$ de frais… ouff faudrait que je fasse 300 transactions par année soit plus d’une par jour de trading…

    Quant à l’évolution de ton portefeuille, de 2014 à maintenant ton portefeuille a presque doublé en valeur! C’est fou! Je regrette tellement de ne pas avoir su / pu profiter de la crise de 2008 pour m’enrichir. J’étais dans une mauvais passe financière à l’époque et il m’a fallu attendre 2012 avant d’être capable de commencer à envisager épargner en fou.

  2. Le pire c’est que j’aurais beaucoup mieux fait si j’avais investi davantage entre 2009 et 2014… après 2009, quand les marchés ont commencé à se rétablir, j’étais persuadé que l’Europe allait faire faillite (on ne parlait que de la Grèce, Irlande, Portugal …). J’ai pas paniqué et j’ai gardé mes actions, j’en ai même racheté un peu, mais j’ai surtout utilisé mes économies pour rembourser l’hypothèque. C’est précisément en 2013 qu’on a fini de la payer et entre 2014 et 2017, une bonne part de l’augmentation du portefeuille vient du fait qu’au lieu de mettre 20-25k par an dans l’hypothèque, je me suis mis à mettre 20-25k par an de + dans le portefeuille. Bref, pour ma part, je pourrais dire que je regrette d’avoir mis ce fric dans l’hypothèque, si j’avais investi je serais pas mal plus riche 🙂 Mais plus facile à dire après évidemment.

  3. Je me considère encore néophyte dans le domaine. J’ai trouvé un portfolio sur coach potato, je le suis en achetant quand je peux et c’est pas mal ça.

    Là où je me suis fait prendre, c’est que j’ai ouvert un compte Disnat avant d’être bien informée. J’ai suivi les conseils de ma famille qui eux avait eu des revenus assez éloquents pour me convaincre. J’ai vite lâché le gambling des actions pour me tourner vers les FNB. Reste que je dois payer 6 transactions par année alors que mes montants d’achats sont pas très élevés… Je suis pas gagnante. Je mets le minimum puis je fais le reste sur Questrade qui m’en coûte des pinottes par achat et qui me convient mieux.

    Je me dis que c’est mieux que rien et j’aime mieux le faire moi-même que laisser justement un robot s’occuper de mes finances!

    1. Sorcière Frugale,

      C’est déjà très bien ce que tu fais et mieux que la majorité. Raison d’avoir un compte encore chez Disnat si tu utilises Questrade?

      Couch Potato, c’est le genre de portefeuille que je recommande et que j’applique en bonne partie, surtout pour ma blonde qui a commencé un portefeuille il y a un an ou deux. J’envie la pureté de son portefeuille de 3 titres :). Elle a peu à peu transféré ses fonds mutuels après que je l’aie convaincue du poids des frais (et quand elle a réalisé que je quittait ma job pour vrai!), surtout qu’elle faisait affaire avec Desjardins qui ont des frais vraiment élevés.

  4. MrJack,
    Une hyp résidentielle n’est pas une bonne dette… c’est un levier financier contre soi.. donc dans le contexte je pense que tu as fais le bon choix. T’as profité des faibles taux pour éliminer une lourde dette. Eliminer quoi 1000$ par mois de paiement réccurrents… ça en prend des épargnes pour générer 1000$ par mois net. Moi je vise 20-24k en epargne plus 9000$ dans mon fonds de pension et on met 30k sur l’hyp par an. Je pense que c’est un bon équilibre quand même.
    Évidemment, si c’était un immeuble à revenus je ne clencherais pas mon hyp si vite.

    1. Blogueur Masqué,

      Ouais évidemment ça dépend toujours du timing… si tu rembourses ton hypothèque plutôt qu’investir juste avant une embellie boursière, c’était un mauvais choix. Mais l’argent que je mettais dans l’hypothèque, je ne pouvais pas le mettre dans mon REER ou CELI. Donc le 3% garanti d’intérêts sauvés, c’était 5-6% avant impôts selon le type de placement choisi. Une partie de ça serait resté « cash » car psychologiquement je voulais avoir une partie de mon actif 100% safe. Je vois le capital sur la maison comme du cash, ce qui me permettait d’investir le reste en actions et obligations.

  5. Je reste avec Disnat car je suis prise avec quelques titres dans le rouge solide. Vestiges de mon inexpérience, quand j’achetais des titres divers selon les conseils de mon entourage. Disons qu’un des membres de ma famille a réussit à faire un profit de 39% en une année, un autre faisait régulièrement 200$ par mois en choisissant ses titres.. C’est difficile de pas se faire convaincre quand c’est des gens de confiance qu’on connait. Je me suis mise à acheter juste avant que tout plonge à -20% ou – 40% de profit :P.

    Je suis cheap, donc je n’arrive pas à me convaincre de perdre de l’argent en vendant tout et en déménageant le reste de mes fonds chez Questrade. J’attends que ça monte; dès que le jeu en vaut la chandelle, je prends mes cliques et mes claques et je ferme mon compte !

    1. Je ne veux pas faire partie de ces gens qui te donnent de mauvais conseils financiers, mais…

      On dit souvent que l’une des difficultés que rencontrent les gens qui investissent activement dans des actions, c’est qu’ils sont psychologiquement enclins à garder les titres perdants et vendre les titres gagnants, alors qu’ils devraient faire le contraire. Je suis le premier à faire ça (j’ai surtout tendance à vouloir vendre des titres gagnants, je m’accroche moins aux titres perdants).

      L’approche généralement suggérée est d’évaluer un titre indépendamment de nos pertes ou gains. Par exemple, achèterais-tu ces titres aujourd’hui? Si la réponse est non, il est peut-être temps de vendre.

      Note qu’à mon avis, il y a une raison additionnelle de vendre. Disons que ta réponse est « peut-être ». Y’a plein d’autres titres intéressants (ou des FNBs). Pourquoi garder un titre perdant qui te rappelle le souvenir de pertes chaque fois que tu vas dans ton compte? De plus, tes objectifs semblent avoir changés (tu veux investir passivement), ce n’est pas non plus une mauvaise idée d’aligner tes investissements sur ces nouveaux objectifs.

      Bref, il est parfois mieux de prendre ses pertes et passer à autre chose et assumer le risque que les actions remontent après, sachant qu’ils pourraient très bien faire le contraire.

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