Le 4% sous attaque

Le taux de retrait sûr, que plusieurs évaluent à 4%, correspond au maximum que l’on puisse retirer initialement d’un portefeuille chaque année, en augmentant la somme retirée selon l’inflation. Si vous lisez un peu les nouvelles et les blogues financiers, vous avez probablement maintes fois vu cette règle du pouce attaquée de toute part. Bien que moi-même j’utilise un taux plus conservateur de 3.5% (parce que c’est le taux qui semble fonctionner pour des retraites plus longues que 30 ans, la durée qui avait été utilisée par ceux qui sont arrivés au taux de 4%), les arguments utilisés par les détracteurs sont souvent fallacieux. On dirait que tout le monde s’acharne à ce que vous travailliez jusqu’à ce que vous soyiez centenaire, quitte à dire n’importe quoi pour vous convaincre que vous ne pourrez pas vous retirer du travail!

 

Prenons l’exemple suivant:

4 Serious Problems With the 4% Retirement Rule

Ce n’est pas compliqué, sur les quatre arguments évoqués, un seul est à mon avis valable! Et ce genre d’articles circulent constamment. On dirait que leurs auteurs n’ont jamais pris la peine d’essayer de comprendre la règle du 4%. Alors voyons ces arguments:

  1. La règle du 4% a été établie à une époque où les taux d’intérêt étaient plus élevés. Cet énoncé est vrai: quand la règle a été établie, les taux d’intérêt étaient plus élevés. Mais ça n’a aucune importance car l’étude qui a mené au taux de 4% a regardé toutes les périodes historiques depuis 1926. Or, certaines périodes, notamment dans les années 1940s, comportent des taux d’intérêt presque aussi bas qu’aujourd’hui. De plus, même si les taux sont bas présentement, les chances qu’ils le demeurent pendant les 30 prochaines années sont très faibles. Finalement, les pires scénarios ne sont pas associés à des périodes où les taux obligataires sont peu élevés, mais à des périodes d’hyperinflation avec croissance insuffisante (1966 à 1996) ou à une croissance économique anémique prolongée (années ’30s).
  2. La règle assume 30 ans de retraite ou moins. Celui-là, je leur donne, bien qu’en réalité, c’est 33 ans.
  3. La règle assume une allocation élevée en actions. Si vous lisez le paragraphe de l’article mentionné ci-haut, vous verrez que celui-ci est tordu. La règle du 4% dit, en gros, que vous devriez allouer au moins 50% en actions pour atteindre l’objectif de retirer 4% du portefeuille sans l’épuiser. Le contre-argument, c’est que 50% d’actions c’est plus élevé que ceux qui ne suivent pas la règle disent d’utiliser. Ok, mais la règle dit que c’est mieux d’avoir au moins 50% d’actions! Si vous en avez moins, la règle ne fonctionne plus. Donc en gros, cet argument c’est que la règle ne marche pas, car si vous ne la suivez pas, la règle ne marche pas.
  4. Les pertes tôt à votre retraite pourraient rendre ce taux inefficace. Ce qu’on dit, en gros, c’est que si un crash survient peu après votre retraite, vous êtes foutus. Encore une fois, c’est une mauvaise compréhension de l’étude qui a mené au taux de 4%. L’étude a regardé toutes les périodes, incluant celles qui précèdent un crash. En fait, dans la grosse majorité des scénarios, c’est 5%, 6% ou même 7% qu’il est possible de retirer. Le 4% correspond aux pires scénarios historiques, pas à la moyenne ou au meilleur.

Alors pour aider l’attaque contre le taux de retrait de 4%, je vais fournir des arguments qui ne sont pas mentionnés et qui eux sont à mon avis valables:

  1. L’histoire de la Bourse est jeune, le futur n’est pas garant du passé. Rien ne prouve que les prochaines années ne vont pas constituer le nouveau pire scénario, celui qui nécessiterait par exemple 3.75%, ce qui deviendrait dans le futur le nouveau taux de référence. Tout est possible: guerres, périodes d’hyperinflation prolongées, stagnation économique, cataclysme naturel… cependant, il serait assez surprenant qu’il faille passer disons de 4% à 3%. C’est un peu comme si le record du monde du 100m à 9.58s était battu: après tant d’années, ça m’étonnerait qu’on passe à 8s d’un coup. Si on pouvait avancer dans le futur de 100 ans, le pire scénario a des chances d’être soit resté à 4%, soit une valeur relativement proche, par exemple 3.75%. Il suffit de regarder la distribution statistique pour constater qu’un événement qui nécessiterait moins de 3.75% correspondrait à une situation épouvantable. D’autant plus que l’étude ayant mené au 4% a été faite à une époque où les taux de frais de gestion étaient plus élevés qu’aujourd’hui, donc on gagne ici quelques grenailles de pourcentage.
  2. Concernant le nombre d’années. Le taux de 4% a effectivement été calculé pour une retraite normale, d’une trentaine d’années. Quant est-il des retraites très longues, comme la mienne, qui ajoute au moins 20 ans? Différentes personnes reliées à la communauté de l’indépendance financière, dont Mad Fientist, ont fait des analyses et sont arrivés à un taux de 3.5%. 

Mais malgré tout, maintenant que je me suis jeté dans le vide, je pense que j’aurais pu partir plus tôt. Je prends 3.5% maintenant, mais ça ne tient pas compte du fait que dans 20-25 ans, je vais commencer à recevoir des prestations du RRQ et de la Pension de vieillesse du Canada. Ça ne tient pas compte des revenus que je peux faire dans les  vingt prochaines années. Par exemple, avec un budget de 22,000$, la règle du 4% indique que le portefeuille doit être de 550,000$. Or, j’ai attendu d’avoir 650,000$ pour atteindre mon taux de 3.5%. Si j’avais pris ma retraite avec 550,000$ mais que j’avais utilisé un taux de 3.5% pour être plus conservateur, c’est 19,250$ que j’aurais pu retirer. Pour atteindre mon budget de 22,000$, j’aurais eu à combler 3000$ de revenus.  Si je fais 3000$ par an jusqu’à 65 ans, je suis sauvé ensuite par le RRQ et la Pension du Canada et je n’ai plus besoin de trouver ce 3000$. Mais sinon, je pourrais prendre un contrat relativement petit, et faire, par exemple, 18,000$, et d’un coup je viens de couvrir 6 années ! Il me resterait 6 ans pour trouver une nouvelle façon de faire 3000$ par an ou un nouveau revenu additionnel qui comblerait quelques années de ce manque de revenus!

De plus, s’il s’avère après 10 ans qu’un scénario catastrophe ne s’est pas produit, il se peut qu’après 10 ans je puisse retirer mon 22,000$ ajusté pour l’inflation (ce qui correspond à 4% de retrait) car mon portefeuille aurait alors généré des rendements permettant des retraits de 4%, 4.5% ou même 5% plutôt que 3.5% ! En effet, il ne faut pas oublier que 4% correspond aux pires scénarios (et honnêtement, je suis prudent quant à la situation actuelle: il est possible que les dix prochaines années soient très mauvaises), dans la majorité des cas, retirer 4% de son portefeuille fait de vous un mort riche!

 

8 réponses sur “Le 4% sous attaque”

  1. Mr Jack:  » Mais malgré tout, maintenant que je me suis jeté dans le vide, je pense que j’aurais pu partir plus tôt.  »

    Pour quelqu’un possédant de bonnes connaissances sur la bourse, la finance, en étant en contrôle de son budget personnel et de ses émotions, je le pense aussi.

    Mais c’est tellement variable d’une personne à l’autre…

    C’est du stock un portefeuille boursier de 670 000$!

    Personnellement, avec 400 000$, à un dividende moyen de 3.5% sur mes actions et une croissance annuelle des dividendes de 7%, donc avec 14 000$ de revenus issus de mes placements + un 2000$ de bénéfices issus de mes revenus de location, j’en aurais assez pour subvenir à mes besoins, en date d’aujourd’hui, sans même toucher au capital.

    Mon scénario le plus optimiste me mène dans 7 ans, si je vends tous mes actifs (maisons, terre à bois, etc) pour en convertir le profit en titres boursiers versant des dividendes en croissance, alors que mon scénario le plus conservateur me mène à dans 11 ans si je me fie uniquement sur mes dividendes et mes revenus de location pour financer ma  » retraite  ».

    Mais encore là, ça va dépendre de ce que les prochaines années vont me réserver. Je veux dire, tout le monde peut avoir un bon plan sur papier, mais réussir à le mener à terme au-travers des aléas de la vie et atteindre l’objectif initialement fixé, ce n’est pas nécessairement facile pis les  » cartes  » maladie, perte d’emploi, divorce, nouveau-né peuvent facilement venir changer la donne.

    Par ailleurs, en ayant atteint l’indépendance financière et en étant libéré du dictât et du carcan corporatif, ça te donne aussi plus de temps et de latitude pour avoir d’autres sources de revenus, si tu le désires, selon ce qui te plaît de faire, en lien avec ton expertise personnelle et tes champs d’intérêts.

    1. Oui c’est pas mal, 670,000$. J’ai été en fait surpris, mon projet était devenu un peu indéfini côté date et quand j’ai fait mon bilan annuel (je ne le faisais pas chaque mois), en janvier 2017, boom, ça avait grimpé de plus de 100k$ (autour de 600k). Comme 3.5% me mettais à 635k, j’ai démissionné rapidement, mais plusieurs mois à l’avance, histoire d’avoir de bonnes chances d’atteindre mon taux même si les marchés avaient été réticents, mais finalement, c’est allé du bon bord.

      Mais tu as raison de dire que c’est difficile de prévoir ce qui va arriver d’ici 7 ans.. dans mon cas aussi, les choses ont changé par rapport à mon premier plan: achat d’une maison, démarrage d’entreprise.. mais dans tous les cas, tant que tu épargnes une partie significative de tes revenus, peu importe tes choix, ce sera mieux que de ne pas l’avoir fait! Pas sûr que j’aurais eu le guts de partir une entreprise si j’avais pas eu un coussin (à l’époque, environ 250k$). Ce choix aurait pu retarder mon indépendance financière, mais finalement ça n’a à peu près pas fait de différence. Merci pour le commentaire et à bientôt!

  2. MrJack,
    Je pense que tu as fait des choix prudents et être prudent, à l’aise avec sa décision, exempt de stress, c’est important.
    Je doute de me rendre à 650,000$ avant de prendre ma retraite mais qui sait… j’ai une nature prudente aussi. Je tends à toujours ajouter 2-3-4 couches de protection supplémentaires lol

    On oublie aussi que de quitter un emploi n’est pas une fin en soi. Au bout d’un an si ça marche pas… rien n’empêche de reprendre un nouvel emploi au même endroit ou ailleurs!

    Mais, on dirait qu’on est tellement drillé qu’on n’arrive pas à le concevoir. Par exemple, chaque fois que j’ai quitté un emploi, j’avais déjà un nouvel emploi ailleurs qui commençait à l’intérieur de 10 jrs… lorsque je quitterai celui-là, je le remplacerai par rien… ça va faire bizarre. On se trouve bien intelligent avec tous nos calculs et nos prévisions mais je pense qu’il restera tjra en moi une part de doute « et si tu t’étais royalement planté dans tes calculs ducon! » Lol

  3. Ça me fait penser que j’ai oublié une troisième raison valable pour attaquer le 4% à laquelle j’avais pensé mais que j’ai oublié d’ajouter, et ça correspond pas mal à ce que tu viens de dire: le stress.

    Dans plusieurs des scénarios qui « marchent » avec le 4%, on subit des baisses appréciables.. du style: ton portefeuille de 600k est rendu à 250k après 10 ans, et après il remonte à 400k, stagne, vivote, baisse, et tu meurs à 90 ans avec 10k en banque: considéré comme un succès par la simulation. Sauf que toute ta vie tu te demandes si tu vas en manquer. Pas des conditions gagnantes à mon avis!

    Ça fait donc partie des raisons pourquoi j’aimerais avoir des revenus additionnels. En partie pour réduire encore plus les chances de me retrouver dans une situation financière inquiétante, en partie pour me garder des portes plus grandes ouvertes (exemple: achat d’un chalet, d’un VR, d’un voilier, d’une fermette, whatever qui coûte de l’argent et que je pourrais vouloir dans le futur et qui pourrait être difficile avec un revenu de 22k).

  4. MrJack,
    Tu as aussi une conjointe et une maison de 400k claire de dettes! Hehe
    Vends la maison, rachètes à 275k et achètes un voilier! 😉
    Si tu manques d’argent avec 1M$ de dollars, je pense qu’il y a un grave problème car la plupart des gens ne gagneront pas plus que ça net dans toute leur vie.

    Pour réduire le stress et l’incertitude j’imagine que tu pourrais éventuellement acheter une rente certaine ou viagère avec une partie de ton capital… tout à un coût.. mais tant qu’à acheter des obligations qui versent le même taux, une rente viagère ça pourrait peut-être valoir la peine. De cette façon t’as un revenu garanti à vie sans gestion à faire. Seul hic, je pense qu’il faut 55 ans. Sinon une rente certaine pourrait être achetée. Mais avec les taux actuels … peu intéressant…

  5. Les rentes viagères / certaines, c’est une option que j’ai envisagée et que je vais regarder à nouveau. L’idée serait de garantir une partie de mes revenus jusqu’à 65 ans, quand les pensions gouvernementales embarquent. Mais les rendements sont vraiment poches ces temps-ci. Avec 100k on a une rente annuelle certaine de 5500$ pendant 25 ans (ce qui m’amènerais à 67 ans), mais n’est pas indexée à l’inflation. La vraie rente équivalente est donc d’environ 4500$ à 2% d’inflation selon mes calculs sommaires.

    En sacrifiant 200k$, j’aurais 9000$ garanti (avec inflation à 2%, je suis fourré si c’est plus haut que ça) jusqu’à ce que le RRQ et pensions Canada remplacent à peu près ce montant à 67 ans.

    Il me resterait 470k$ dans mon portefeuille et j’aurais à retirer 22000-9000=13000$. Mon taux de retrait serait donc de 2.8%. Mon taux de retrait serait donc meilleur parce que je viens en quelque sorte d’ajouter le RRQ et pension Canada dans l’équation (l’une des raisons pourquoi je considère 3.5%-4% conservateur quand on ignore ces revenus de nos calculs).

    Une autre façon d’arriver à peu près aux mêmes chiffres, c’est de prendre le 200k, le mettre dans des dépôts à terme ladder et espérer que ça batte au moins un peu l’inflation. Finalement c’est pas complètement fou comme idée 🙂

  6. MrJack,
    100000$ = 5500$ pendant 25 ans soit 137,500$… ça équivaut à un rendement de 2.7% ouch… Ils te donnent à peine plus que l’inflation comme taux… pas fort. La sécurité coûte cher. En effet mieux d attendre que les taux remontent un peu. Tu vas te mordre les doigts dans quelques années sinon.
    C’est quoi le taux d’intérêt composé équivalent à tes dépôts à terme ladder? Les gens focussent souvent sur le dernier. Alors que l’important dans l’intérêt composé c’est le temps et donc à la limite une échelle inversée est probablement plus profitable hehe (je n’ai jamais fait le calcul… je doute qu’on vende un tel produit un jour…)
    Comme je le disais, dans ma critique du 4% à moi, le problème se trouve dans la stratégie de retrait. C’est pour ça que les fonds de pension à prestation déterminées achetait généralement des rentes viagères. Avec l’explosion du nombre de gens qui partent à la retraite et la baisse des taux ça donne un méchant coup dans les parties aux cie qui doivent acheter ces rentes. Imagines-tu devoir verser 70% de 120,000$ combien ça peut coûter en capital à 2.7% ouch!
    Il n’y a pas de bonnes réponses à la question du décaissement mais je suppose que de diversifier ses sources est une approche acceptable (dividendes, interets, rente certaine ou viagère…)

    1. Par ladder, je ne veux pas dire des taux progressifs (dont le taux effectif revient strictement au même, c’est purement une gamik marketing), mais plutôt d’avoir 1/5 qui arrivent à échéance dans 5 ans, 1/5 dans 4 ans, etc. Chaque fois que qqchose arrive à échéance, tu le remets pour 5 ans. Comme ça tu as toujours des échéances de 5 ans (donc un meilleur taux), mais tu peux suivre les fluctuations de taux en remettant 1/5 chaque année au nouveau taux. Par contre, présentement, ça signifie avoir essentiellement une moyenne d’un peu plus de 2% 🙁

      Seul avantage par rapport aux rentes, c’est si les taux montent assez. Bref, on s’en sort pas tant que les taux demeurent bas.

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